Un hobby de Lacan

Il était bizarre, Lacan, il croyait en ce qu’il faisait. L’idée que c’était l’ordre du langage qui faisait le désordre du monde le tourmentait assez pour vouloir la communiquer à son prochain. Alors il y passait ses jours et ses nuits, brûlant les amitiés pour préserver le tranchant de la découverte, balloté entre la passion et la haine transférentielles qu’il provoquait, dénoncé par Sylvia pour son donquichottisme, traité avec apeurement par ses maîtresses, dévoré et trahi par les élèves soigneusement couvés, honni ou ridiculisé par ses pairs, tenu à distance par Jakobson dont il espérait une révision de la linguistique, mis à l’index par Lévi-Strauss qui ne lui pardonnait pas, comme s’il était le maître absolu, le suicide de son élève préféré ; bref, il fallait avoir un fichu caractère pour tenir le coup ! Un saint, direz-vous, sauf que dans son cas la cause est aphone et aveugle.
 
Oui, penserez-vous avec malignité, mais tous ces coups, ça devait le faire jouir, il les cherchait. Pas plus sans doute que ne l’amène le masochisme ordinaire du psychanalyste, prétexte destiné à être évacué pour devenir un postexte. Et si vous ne le voulez pas, faites autre chose, du jardinage ou du tricot, en vous bouchant les oreilles.
 
Bonnes vacances !
 
Ch. Melman
26 juin 2019

EDITO DE CHARLES MELMAN

La psychanalyse est-elle une cause défendable ?

Il est notable que Freud fut un peu seul pour la soutenir, face à l'exacerbation qu'elle pouvait provoquer chez les patients des passions traditionnelles, ethniques ou nationales comme pour Jung, ou banalement moïques chez n'importe qui. Et moi et moi, ce fut aussi le mot d'ordre des élèves de Lacan, un peu court reconnaissons-le.

Pour le premier, il s'agissait de mettre un terme à la puérilité de l'espèce, aliénée par un idéal ballotté entre le Un totalitaire et l'excrément.

Pour notre maître, la mutation culturelle était aux portes qui voyait enfin notre dépendance à l'endroit du langage la cause du symptôme et avec lui al connerie. Mais ce programme ne pouvait être défendu sans le dénaturer en y inscrivant un mot d'ordre collectif, -debout les damnés du vivant- antipathique avec la détermination individuelle qu'il nécessite.

Il aura fallu que Lacan prenne de l'âge et commence à bégayer pour que ses ultimes fidèles se mettent à remuer de la queue et se rangent derrière celui qui affirmait avoir la plus grosse, légitimée devant notaire de surcroît, par le titre "exécuteur testamentaire".

Il a été exécuté en effet, réduisant à celui d'un camp d'entraînement pour une guerre qui n'aura jamais lieu un enseignement exceptionnel.

Laisse-t-il en paix notre groupe ? La réponse pourra être évoquée à Lisbonne.

Ch. Malman
5 juin 2019

Le populisme contre les "élites"

La campagne avait commencé avec Trump. Les ennemis du peuple, ses trompeurs, étaient « les élites » qui se croyaient la charge d'analyser pour lui les situations afin d'en situer les causes et les remèdes. La sagesse populaire n'avait pas besoin de ces masturbateurs du cerveau pour savoir ce qui était bon pour le pays : l'honneur national et l'enrichissement individuel étaient les objectifs propres à le satisfaire, au détriment de tout projet humaniste. Ces fins, ce ne sont précisément pas celles du populisme chez nous, dont les revendications sociales immédiates dominent, quoique avec ce même caractère : dénonciation des analyses économiques et politiques qui « enfument » et dont les conclusions austères paraissent écrites à l'avance. Aux avant-postes, les journalistes sont ainsi régulièrement dénoncés, en dépit de leurs sympathies manifestes pour le mouvement. Il ne nous appartient pas de juger la qualité de leur travail, mais la dénonciation de ses procédures au profit de la simplicité et de l'immédiateté des réactions, peut inquiéter.

Charles Melman
12/05/2019